De temps en temps, je suis bien forcé de le faire, cet aveu d’impuissance : Je ne sais pas quoi lire…
Voici donc, piqués ce matin au hasard, dans ma bibliothèque, quelques livres dont je vous recommande ardemment la lecture.

« … Parce que, vois-tu, Eeyore, les sujets que le hasard met ici sous nos yeux n’ont rien à voir avec ceux que nous sommes habitués à rencontrer dans la vie quotidienne et que nous saisissons sans être obligés de fournir un effort d’imagination ! Tu vois, là-bas, dans cette eau jaunâtre, toutes ces espèces de planches dures, brun foncé, avec au milieu une arête hérissée de pointes ? Comment quelqu’un dépourvu d’imagination pourrait-il se rendre compte que ce sont des crocodiles, hein ? »
Kenzaburô Ôé, Dites-nous comment survivre à notre folie, Folio n° 2792, pages 143 et 144.

« Vatanen jeta le veau sur son dos, ses sabots lui effleuraient la nuque au rythme de la marche. Le lièvre ne savait trop que faire, il sautillait nerveusement dans ses jambes, mais il se fit bientôt au lent cheminement. Vatanen marchait devant, le veau sur l’épaule, à travers bois, derrière lui venait en silence la vache, pensive, qui léchait de temps en temps la tête du veau, puis le lièvre qui gambadait en queue de la procession »
Arto Paasilinna, Le lièvre de Vatanen, Folio n° 2462, page 90.

« La diligence que mettent mes congénères à mener leur train-train me hérisse. Quel vice dans ma constitution m’interdit de continuer mon petit bonhomme de chemin comme tout un chacun, sans être constamment freiné par des raisonnements à la mords-moi-le-nœud sur le non-sens de ce voyage où l’on finit en mangeant les pissenlits par la racine ? »
Linda Lê, In memoriam, Christian Bourgois éditeur, page 62.

« … les fleuves de l’immensité ne coulent que dans un sens, ils coulent vers vous, la vie ne vous la donne pas et la mort ne peut pas l’emporter… »
Charles Bukowski, Le Ragoût du septuagénaire, Le livre de poche, n° 14633, page 101.

« amusant, non ? à zapper sans arrêt, on voit tous les visages et jamais le bon »
Charles Bukowski, Le Ragoût du septuagénaire, Le livre de poche, n° 14633, page 339.

« Vous êtes tellement abruti professeur Y que faut tout vous expliquer !… je vais vous mettre les points sur les i ! écoutez bien ce que je vous annonce : les écrivains d’aujourd’hui ne savent pas encore que le cinéma existe !… et que le cinéma a rendu leur façon d’écrire vaine et ridicule… péroreuse et vaine !… »
Louis-Ferdinand Céline, Entretiens avec le professeur Y, Folio n° 2786, page 23.

« … y’a guère que deux espèces d’hommes, où que ce soit, dans quoi que ce soit, les travailleurs et les maquereaux… »
Louis-Ferdinand Céline, Entretiens avec le professeur Y, Folio n° 2786, page 28.

« Il est facile de voir comment on peut, dans ce sens, « consommer » du langage. A partir du moment où le langage, au lieu d’être véhicule de sens, se charge de connotations d’appartenance, se charge en lexique de groupe, en patrimoine de classe ou de caste (le style « snob », le jargon intellectuel ; le jargon politique de parti ou de groupuscule), à partir du moment où le langage, de moyen d’échange, devient matériel d’échange, à usage interne, du groupe ou de la classe – sa fonction réelle devenant, derrière l’alibi du message, fonction de connivence et de reconnaissance, à partir du moment où, au lieu de faire circuler le sens, il circule lui-même comme mot de passe, comme matériel de passe, dans un processus de tautologie du groupe (le groupe se parle à lui-même), alors il est objet de consommation, fétiche. »
Jean Baudrillard, La société de consommation, Folio « essais », n° 35, page 193 [éditions Denoël, 1970].

Publié par :Joël Bécam

3 commentaires sur &Idquo;Je ne sais pas quoi lire…&rdquo

  1. Les écrivains sont tous un peu menteurs… Et je ne doute pas un seul instant que vous savez parfaitement quoi lire !

    Quoi qu’il en soit, je risquerai une suggestion.

    Pourquoi pas « L’amour conjugal » ou « Nouvelles romaines » d’Alberto MORAVIA (un contemporain de Dino) ?

    BRAVO pour ce Blog !

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  2. Merci Florian de votre suggestion. De Moravia, je n’ai lu qu’un roman, qui ne m’a guère marqué, car je suis incapable de me rappeler son titre ! Je vais aller voir les deux titres que vous me suggérez. Merci également du compliment.

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  3. Oui, les écrivains sont tous nécessairement menteurs ! Il est évident que je sais quoi lire… et, Dieu merci, je ne suis pas le seul ! sinon que deviendrait la littérature ?
    Il est tout aussi évident que cette « fausse plainte » de ma part n’était destinée qu’à faire réagir les lecteurs de ce blog. Merci de tout coeur d’avoir bien voulu jouer le jeu, sans en être dupe !

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