Le talent obéit à la dure loi de la rareté ; raison pour laquelle plus il y a de livres, moins ils sont bons ; en tout cas, – moins ils nous semblent bons, à nous…
Ce n’est pas un pur hasard, en effet, si notre bon vieux Poirier national, le regretté Julien Gracq (Voir notre précédent article, du 17 février : Autodafé ou déchetterie ? ) imagina – nous ne sommes même pas sûrs qu’il plaisantait – l’ouverture de déchetteries d’un nouveau genre, où les mauvais livres pourraient être déversés ; encore faut-il qu’ils aient pu être pointés au préalable…
Car le pire n’est pas tant qu’il y en ait, de mauvais livres (nous songeons surtout aux romans), il y en a toujours eus. Le pire n’est pas non plus qu’il y en a vraisemblablement plus qu’autrefois. Le pire est qu’il faut être devenu expert pour les débusquer !
En effet, la Critique ne joue plus son rôle (a-t-il seulement été défini d’ailleurs ?). Tout le monde sait, ou devrait savoir, que la critique dite « littéraire », aujourd’hui, sert d’abord le marché avant de s’intéresser à la littérature : que voulez-vous, outre qu’il faut vendre, il faut bien aussi remplir les pages spécialisés des journaux et les grilles des programmes ! sachant que d’une parution, ou d’une émission à l’autre, le calibre de ces pages ou de ces grilles sera quasiment le même, quels que soit le volume et la qualité de l’offre éditoriale du moment… Dans un tel contexte, trouver du talent à qui n’en a pas, ou transformer subitement en génie un auteur simplement talentueux, peut parfois s’avérer nécessaire…
Dès lors, lorsque la Critique s’intéresse d’abord à la littérature, c’est si exceptionnel que cela mérite d’être applaudi : nous le faisons volontiers !
Manque d’indépendance (le critique est souvent auteur lui-même), appât du gain, défaut de courage, penchant pour la facilité, ou encore, et plus platement, lassitude et poids de la routine face à la pléthore de livres, et donc de mauvais livres ? Peu importe au fond la ou les raison(s) ; le fait est que bien peu de critiques résistent à la pression du marché.
Pas étonnant dès lors que nous nous sommes résignés depuis des lustres – encore s’agit-il d’une résignation joyeuse – à lire les grands * ! même s’il nous arrive encore de faire de mauvais choix…

* Voir aussi notre précédent article, du 8 mai : Bientôt la rentrée littéraire ? Lisons les grands !

Posted by:Joël Bécam

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