« Les livres étaient seulement un article qu’on devait produire, comme la confiture ou les lacets de souliers », in 1984, George ORWELL, Gallimard, collection folio, page 175.

 

Nous souhaitons aborder aujourd’hui, sous un angle neuf, une question tellement rebattue que son actualité ne se dément jamais !
Cette question met en cause deux médias que tout, apparemment, oppose : d’un côté, la télévision, règne de l’image ; de l’autre, le livre, empire des mots.

 

Cette question, pour être mieux comprise, en appelle d’autres, qui pourraient être les suivantes :

  • Côté « livre » : comment le livre doit-il être montré à la télévision ; quelle place doit-il avoir à la télévision ?
  • Côté « télévision » : comment la télévision doit-elle montrer le livre ; comment la télévision peut-elle traiter de cet objet peu banal, le livre, de telle sorte que le téléspectateur ne s’ennuie pas (sans pour autant qu’on le prenne pour une bille !) ?

Jusqu’à présent, dans l’approche de cette question ô combien délicate, c’est le « côté livre » qui a prévalu. Cela a donné d’excellentes émissions de télévision, à une époque où l’impérialisme de l’image n’était pas encore tout à fait ce qu’il est aujourd’hui.
Le cadre de ces émissions, dites « littéraires », est bien connu. Il se compose d’un animateur, d’un aréopage d’auteurs, tous confortablement installés dans des fauteuils autour d’une table basse. Deux ou trois caméras, semble-t-il, balayent la scène. Exposés et débat s’enchaînent harmonieusement à propos des livres écrits par les auteurs invités à l’émission. Par définition, ces livres viennent de paraître, et ils ne demandent qu’à être promus, pour être mieux vendus.
Le ciment de tout cela ? Il est bien connu : un bavardage complice (quand il n’est pas flagorneur !) à propos de ces livres et de leurs auteurs ; un bavardage qui, hélas, se révèle le plus souvent, sinon dénué de tout intérêt, en tout cas d’un ennui mortel !
Comme de bien entendu, quelques exceptions viennent confirmer la règle. Qui ne se souvient, en effet, de cette émission d’Apostrophes où l’on vit soudain la main molle du vieux Bukowski filer avec lenteur sous les jupes de sa voisine ! Qui ne se souvient, le même soir, de la triste figure de ce même triste sire, cramponné à sa bouteille de vin blanc, avant que de se faire jeter du plateau par un Pivot mimant la colère à merveille ! Qui ne se souvient (toujours à Apostrophes) de ce bon vieux génie de Vladimir faisant mine de se cacher derrière une montagne de livres pour ânonner (se fichait-il de nous, le bougre ? ou voulait-il simplement nous faire comprendre que seul le livre compte ?) un texte rédigé par lui à l’avance !
Malgré tout, au fil des années, la formule du plateau télé composé d’invités écrivains – plantés là pour parler de leur propre livre, et, accessoirement, renvoyer la balle à tel ou tel de leurs petits amis –, s’est usée. Lentement, mais inexorablement ; elle s’est usée, et nous le savons tous.
Elle s’est usée en même temps que l’on s’efforçait de la perfectionner, ou qu’on tentait de le faire, conscients malgré tout qu’il y avait lieu, si l’on veut, de « réparer des ans l’irréparable outrage » ; en l’occurrence pallier l’ennui profond lié à l’usure de cette formule.
L’exemple récent du Bateau livre, sur France 5, est révélateur. Imaginer, en effet, que l’appoint d’un ou plusieurs chroniqueurs venant en renfort à l’animateur-vedette, allié à un vague changement de décor, consistant à aller s’asseoir dans un autre « petit salon » au fur et à mesure que l’émission progresse, cela pourrait suffire à égayer l’émission, relève de la magie, de la méthode Coué, ou du « Sauve qui peut » !

 

Cette formule d’émission – façon « Salon littéraire » – a commencé, on le sait, avec Lectures pour tous.
Par la suite, elle a eu son heure de gloire (qui a duré longtemps !) avec Apostrophes, de Bernard Pivot.
Elle a continué ensuite – survécu devrait-on dire plutôt –, tant bien que mal, et par une sorte d’« effet de traîne » se produisant dans le sillage d’Apostrophes…
Ce fut donc, entre autres émissions, Vol de nuit et le Bateau livre, émissions qui ont (ou ont eu) également un certain succès, quoique il ne puisse être comparé à celui d’Apostrophes. Ce succès tient, pour l’essentiel, à la personnalité de leurs animateurs respectifs : celle, marquante, de Patrick Poivre d’Arvor pour Vol de Nuit ; celle, cultivée, attachante, de Frédéric Ferney pour le Bateau livre. Car, une fois encore, le schéma adopté pour ces émissions était déjà périmé.

 

Aujourd’hui, ce schéma ayant fait long feu, le moment est venu de l’abandonner. Mais alors, que faire, me direz-vous ?
(à suivre)

Posted by:Joël Bécam

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