« On ne peut se défendre d’une certaine humeur, quand on regarde la présentation de leurs faits et gestes sur la grande scène du monde, et quand, de-ci de-là, à côté de quelques manifestations de sagesse pour des cas individuels, on ne voit en fin de compte dans l’ensemble qu’un tissu de folie, de vanité puérile, souvent aussi de méchanceté puérile et de soif de destruction. Si bien que, à la fin, on ne sait plus quel concept on doit se faire de l’espèce masculine * si infatuée de sa supériorité. »

Emmanuel KANT, in Idée d’une histoire universelle au point de vue cosmopolitique, Denoël, Bibliothèque Médiations, by Editions Montaigne, Paris, 1947, page 27.

  

Le ciel s’écroule ! le ciel s’écroule, mes poulettes ! Ah pour sûr ! les hommes – les mâles veux-je dire – nous l’ont bien semé, la grosse merde partout, ils ne savent plus que faire ni quoi inventer pour nous la décrotter, alors ils la touillent et s’en barbouillent, et ils nous en causent en veux-tu en voilà, à n’en plus finir, dans la grande marmite bouillante de l’Actualité…
Mirage de l’actualité, vieille rengaine, dernier assaut, ultime rempart.
Touillons, touillons la bien, touillons encore et toujours, peut-être qu’elle finira par se dissoudre dans l’air, et disparaître ? Et cela nous donne quoi ? la liste est longue, piquons  dedans au hasard : le procès pipé pipeau du ministre poète aristocrate ; l’hernie discale à Johnny ; le bébé à Rachida, il doit grandir, non, pourquoi on ne nous dit rien ? ; mon fringant Jacquot,  version « Le retour » ; des vaccins très foireux ; un sale coup de couteau au cœur ; d’horribles tueries ; des prisons pleines de fous, des caisses pleines de vent ; les banquiers à la ramasse ; moins trente pour cent sur polytechnique ; une fonction publique à la débine ; des auto-entrepreneurs à tous les étages, comme le gaz.
Aucune de ces nouvelles en soi n’est rien, mais chacune nous est présentée comme si elle était tout, et que, par surcroît, le monde se réduisait à elle ; sensationnel ça, non ? Lorsque c’est trop peu, on agglutine, on met le paquet, deux tueries au lieu d’une, ou une tuerie avec un crash d’avion, pourquoi pas un ou deux curés pédophiles, un évêque choqué et une tempête de neige ? n’importe quoi, – parce que c’est devenu n’importe quoi, c’est le monde vu par les hommes, c’est l’Actualité…
Nous y sommes dans… l’Actualité, et par la même occasion, nous sommes aussi dans la  panade ! Je vous jure, comprenez ceci : c’est eux qui nous ont mis dedans les copines. Il est trop tard pour retrousser les manches ! il aurait fallu y penser avant ! Messieurs, grâce à vous, nous sommes bel et bien dans la merde ! c’est toi, Monsieur, mon bouc sanguinaire ! Foutons-le donc au placard celui-ci. Qu’est-ce qu’on lui couperet, la tête ou le kiki ?
Je vous l’affirme, c’est lumineux : le monde ne peut plus être gouverné par eux, les hommes.
Oui, mes copines chéries, c’est l’une des vôtres qui vous parle, le ciel s’écroule… 2010 sera cruelle, la crise s’aggrave – celle qui frappe les pauvres de plein fouet. Et ce n’est pas du tout, vous le sentez bien – mais alors pas du tout – la même crise que celle qui ne fait qu’agacer et contrarier les  riches.
Lâcheté des gouvernants ; aveuglement, égoïsme des gouvernés, elle file, file la route qui va dans le mur ! minute papillon, demain y f’ra jour et on va te débrouiller tout ça ! en attendant on verra plus tard, n’est-ce pas, messieurs ? et puis personne ne paiera la note, elle est trop salée ; d’abord, y’a qu’a faire un référendum pour décider qu’on la paiera pas, la note ; c’est simple ça, et c’est si nécessaire, en voilà enfin une de bonne nouvelle !
Nos bonshommes, ce sont de grands capricieux.
Plus d’argent, plus de valeur, plus non plus de travailleurs, plus de consommateurs, mais toujours plus de pauvres, c’est le triomphe de la misère ! déficits pudiques, surendettement effarouché, faillite déclarée, programmée des Etats, oh mais la « croissance des pays émergents » comblera nos pertes, non ? Mes fesses, vous dis-je ! c’est le langage idoine, il est mérité, c’est votre dû – messieurs les mâles puissants de la terre. Finalement, que va-t-on leur couper mes copines, la langue, ou bien la parole, what else ?

 

 

 

 

* Dans la citation originale, il faut lire bien sûr : « de notre espèce » !

Posted by:Joël Bécam

Une réponse sur « Bonne année les hommes… »

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