Le Nouveau Roman me rappelle la culotte du boulevard de Clichy, le boulevard est situé à Paris. Je vous raconte l’histoire de la culotte du boulevard de Clichy ?
C’était pendant la fête foraine. On la voyait la culotte, sur une estrade, placée devant une baraque. La culotte mesurait un bon mètre de large à la taille, et facilement vingt centimètres à l’entrejambe ; une dame, perchée sur l’estrade de la baraque de foire, la montrait au public massé devant ; un public bon enfant, chaud et puant, on se lavait peu, c’était en cinquante et quelque. Elle passait lentement la main le long de la taille, pour en souligner la largeur ; elle fourrait sa tête en souriant dans l’une des ouvertures prévues pour les cuisses ; la culotte était couleur chair, en satin de soie, avec une bande de dentelle noire joliment brodée ma foi, qui courait tout autour de la taille.
C’était une belle culotte de femme en veux-tu en voilà de la graisse à n’en plus finir.
Pour voir la bête de Clichy, enfin la femme qui portait la culotte de monstre, par ici la monnaie fallai tentrer dans la baraque ! cette culotte avait dû intriguer ma mère, elle voulut voir sa propriétaire, comme c’était pas cher, vingt centimes de francs je crois, alors courte queue nous entrâmes.
Il y eut une musique douce poussive, façon danse du ventre orientale en mièvre. Sur la scène, il y avait un grand voile opaque, de couleur rose rouge et or, avec des rehauts de noir, d’argent aussi ; on distinguait derrière une masse dense, obscure, une silhouette assise. La musique s’accéléra, stoppa, le grand voile s’abattit sur le sol de planches pas très propre qui contrastait avec le voile multicolore d’une blancheur impeccable, aurait pu dire Eugène Sue ; mais on s’en foutait. Une grosse dame brune, très grosse dame brune, volontiers la plus grosse dame du monde, apparut ! Il y eut un silence gêné ; car la grosse dame, immobile façon pythie rien à péter rien à dire, nous fixant de ses yeux noirs et charbonneux, débordait de graisse et de cellulite mêlées, de partout sur son haut trône de bois noir.
En y regardant à deux fois, je vis qu’elle avait beau avoir un cul énorme, il ne pouvait remplir à lui seul la culotte que j’avais vue dehors. Je songeai qu’à l’avant d’un cul pareil il devait y avoir une chatte en rapport, une sorte d’immensité folle, cinq à sept fois la dimension ordinaire d’une fleur de femme, même très épanouie, façon marécage, avec vase molle et odorante à profusion et bruits de succion, hautes herbes, roseaux penchés, iris et canards sauvages ; je dis un peu n’importe quoi bien sûr ; pour croquer cet univers sensible et omniprésent, j’étais pas capable, je savais pas, j’étais l’enfant dans l’indicible… Qu’importe, c’était une grosse dame ; elle fit devant nous quelques exercices de gymnastique, du genre debout jambes écartées aller toucher bras tendus du bout des doigts le bout du pied opposé ; ou, s’asseyant parterre, avec une certaine grâce fonction de son gabarit, écartant les jambes d’aller toucher le bout du gros orteil avec le bout des doigts de la main opposée.
Oui, le Nouveau Roman : une curiosité vaguement monstrueuse ; qui a existé ; qui a coupé les attributs à plusieurs générations d’écrivains français ; sauf Perec, Georges ; lui a réchappé.
Mais aujourd’hui c’est fini. Il n’y a plus jamais eu de fête foraine boulevard de Clichy, depuis que j’ai grandi. Et le monstre du roman, je l’attends encore ; depuis que Georges est parti. Faudrait que je me mette au travail.

Publié par :Joël Bécam

Un commentaire sur &Idquo;La culotte du boulevard de Clichy&rdquo

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