Dans un pré ; au bord d’un ruisseau ; autour du pré : garennes, landes, bosquets ; au loin fontaines et lavoirs, mousses, fougères, cailloux, bleuets, coquelicots ; les champs, les tombes, les croix, les clochers ; la terre, la terre, la terre ; patates, betteraves, luzerne, blé, orge, carottes et choux fleurs ; des talus, à perte de vue, on ne les voit pas, un talus nous les cache. Du vert, partout, sauf au ciel ; le ciel est gris ou bleu, c’est le ciel ; souvent de grands nuages, blancs comme neige, grands comme des paquebots, des locomotives, des moissonneuses-batteuses, pour un enfant ; toutes sortes de vert, Pissarro en personne ; aller se rhabiller ; pipi de chat, presque le dire.  À perte de vue des verts. Des merles, des rouges-gorges, des moineaux, des ramiers, des tourterelles, des lapins, des lièvres, des renards, peut-être même un vrai chat sauvage, un lynx, deux braconniers, qui sait, des « des » ? une couleuvre ; encore un loup en songe. Chaque soir ; lorsque l’heure de l’Angélus sonne là-haut dans le bourg au clocher gris. Rentrer les bêtes, les vaches à l’étable. Quatre à six bêtes ; des rousses, des noirs et blancs. Le pâtre sort de sa musette une gourde en fer blanc ; une capsule épaisse en forme de toupie de porcelaine blanche, surmontée d’une collerette en caoutchouc, marron, un peu rouge. Dessus, c’est rien marqué. Dedans, c’est l’eau de la rivière. Porte la gourde à ses lèvres, sent sur ses doigts l’odeur de la truite, prise à la main. Lorsqu’il pleut, le pâtre contre le talus ; il s’adosse, fouillis de ronces, d’herbes fraîches, fleurs sauvages, myosotis, digitales, pissenlits, chardons bleus, bouses de vaches, boutons d’or ; au-dessus de sa tête des arbres avortés ; chênes, saules, châtaigniers, noisetiers. L’abritent. Tout à l’heure, le pâtre jouera un air, sur son harmonica ; il n’a jamais appris la musique. Plus tard peut-être, il ira à la piscine ; faire des longueurs ; une petite bouteille d’Evian, cinquante centilitres, la peau de ses fesses.

Posted by:Joël Bécam

Une réponse sur « ABRITÉ »

  1. Et si le pâtre, à l’eau chlorée de la piscine, préférait celle fraîche de la rivière ? celle brumisante d’un crachin d’été ? La bruine est si douce au teint, à la peau, même celle des .. fesses !

    Beau samedi à toi l’ami !

    j’aime bien tes longues phrases énumératives
    Juste sur ce mode je lis Suel ..

    J'aime

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