(Un chapitre mis en ligne tous les deux ou trois jours).
Bonne lecture,
N’hésitez pas à partager !
Bon courage à tous.

 

Je vis à Paris, c’est à Paris que je fis la connaissance de Phil Casey ; nous étions en deux mille et quelque chose, c’était un dimanche après-midi de printemps. Je revis Phil Casey une seconde fois, quelque jours après. Après, je ne le revis plus jamais. Non, après, je ne devais plus jamais le revoir, c’est beaucoup mieux.
A l’époque, j’habitais un deux pièces exigu situé dans le sixième arrondissement, dont les fenêtres donnaient sur la place Saint-Sulpice. J’habitais au septième étage, sous les toits. Comme il n’y avait pas d’ascenseur dans l’immeuble, quitter mon appartement me demandait un gros effort. Je devais prendre sur moi, et la perspective de devoir grimper ou descendre l’escalier malcommode m’incitait par conséquent à limiter mes allées et venues.
Cependant, j’avais vue sur la grande place ; pour moi, je vous prie, la grand’place ; elle était aérée, lumineuse, la grand-place, et lorsque je m’approchais de la fenêtre du salon, je voyais grandir les deux imposants clochers, carrés et massifs, de l’église Saint-Sulpice ; que j’estimais, somme toute, d’une beauté relative, ces deux clochers. Je m’accrochais à l’idée que ces deux clochers d’une beauté relative veillaient sur moi malgré tout, sur mes vieux jours…
Et puis l’été, lorsqu’il faisait trop chaud, que j’hésitais à sortir, en proie au désœuvrement, je pouvais toujours contempler, juste au-dessous de moi, la cime mouvante des platanes, leurs vertes frondaisons, et me distraire, sinon me réjouir, de cette lumière infiniment changeante, qui y fait sans cesse son petit cinéma.
Donc, il arrivait que, rempli d’ennui et de solitude, je descendisse tout de même m’attabler à la terrasse du café de la Mairie, cher à Georges Perec autrefois ; j’ai bien connu Georges, mais c’est une autre histoire.
Attablé à la terrasse du café de la Mairie, comme Georges, je comptais les bus qui défilaient sous mes yeux, je regardais les passants, j’évitais de dresser le bilan de ma vie, m’efforçant de penser qu’une vie, au fond, c’est toujours plus ou moins réussie, ce n’est jamais complètement ratée  ; et pour moi, là où j’en étais, il s’agissait surtout d’essayer de trouver encore un peu de plaisir à rester ; de trouver le moyen d’être heureux de temps en temps.
L’après-midi, il m’arrivait de m’asseoir autour de la grand’place sur l’un de ces bancs, robustes et mastocs, qui faisaient jadis un peu du charme de Paris, que l’on a déboulonnés depuis, et moi aussi je ne vais pas tarder à dévisser, naturellement.
Sous l’ombre fraîche des platanes, face à l’imposante fontaine, j’écoutais le bruit régulier de l’eau qui se déversait dans le bassin, et je méditais, je rêvassais, je me laissais bercer.

Phil Casey, voyez-vous, était américain. Avant de venir s’installer en France, il avait vécu à Washington. Il était petit cet américain. Il était vraiment très gros cet américain. Et pour couronner le tout, il était aussi vraiment très laid. Ceci  : « américain », n’explique pas cela  : « petit, gros, très laid », tous les américains, cela va de soi, ne sont pas de gros petits laiderons au visage poupin et au sourire mécanisé. Bien entendu, cela va de soi encore mieux si je vous l’écris, alors je vous l’écris, c’est un plaisir pour moi.
Je me suis souvent demandé, ces années-là, en deux mille et quelque, comment se pouvait-il qu’un bon tiers au moins de la population du pays le plus développé, le plus puissant du monde et le plus arrogant, fût obèse. La nourriture malsaine était-elle une explication suffisante ? Qu’est-ce qui pouvait expliquer que ce peuple, si volontariste, si sûr de lui, prompt à donner, sans avoir l’air d’y toucher, au reste de l’humanité, des leçons de conduite à tenir dans la vie pour « réussir », sinon de sagesse, sinon des leçons de sagesse, ce dont il a toujours été incapable, en vînt à un tel degré de laisser-aller, et j’ai envie de vous dire : d’absence de dignité ?
Avec un visage couperosé, Phil Casey faisait plus que son âge. Or, le contraste entre ses yeux et le reste de son visage était saisissant. Car ses yeux aussi étaient d’un bleu saisissant.

Phil s’assit sur mon banc, à l’autre bout. Les gueules des lions qui ornent le bassin crachaient à grand fracas leur serpent d’eau claire. Nous regardions les pigeons s’envoler puis se reposer aussitôt après. Phil semblait revenu de tout. Je sentais qu’il m’observait  ; il tournait la tête furtivement dans ma direction, guettant le moment propice où il pourrait engager la conversation avec moi. Finalement, il se lança, comme s’il avait eu à plonger la tête dans l’eau froide du bassin. La façon dont il le fit était bête, sibylline, cocasse, absurde, et plutôt convenue.
– C’est sûr, Monsieur, que ça finira par nous péter à la figure  !
Il enfonça son regard bleu dans le mien. Il paraissait fixer un point situé juste derrière moi. On eût dit que je n’existais pas, que rien d’autre n’existait hormis sa grosse petite personne obèse américaine.
Il parlait français avec un accent prononcé. Par la suite, je pus constater qu’il possédait un français riche et imagé, ayant assimilé certaines de nos tournures de phrase les plus familières.
Phil m’observait d’un œil vide, épiant ma réaction. Son regard me troublait. J’eus vraiment l’impression de me trouver face à un fou, un fou inoffensif cependant. Je classai in petto Phil Casey dans la catégorie des hurluberlus potentiellement rasoirs.
Je ne lui répondis pas, espérant qu’il se lasserait et me laisserait tranquille. Mais il insista, et soudain, il se leva, il se planta devant moi derechef exhibant son gros ventre ‒ j’aime bien « derechef » ‒, et j’eus droit à une autre de ces formules à l’emporte-pièce dont il avait le secret.
– Mort à tous ces voyous  ! éructa Phil Casey. Il se dressa sur ses jambes, le poing tendu vers le ciel, ce qui eut pour effet immédiat d’agiter son gros ventre, comme une breloque, et de faire que les pigeons s’envolassent.
Les pigeons s’envolèrent, effrayés, pour aller aussitôt se poser quelques mètres plus loin, et continuer à se dandiner comme si de rien n’était ; les pigeons parisiens font cela depuis toujours.
Je savais d’expérience qu’il convient de ne jamais contrarier un fou, cela l’excite. Alors, d’une voix douce, d’un ton patelin, je me contentai de l’approuver  :
– Vous avez raison, cher Monsieur…
Phil était aux anges, il me sourit, il s’imagina que je ne lui étais guère hostile, qu’il allait pouvoir engager la conversation avec moi, pour de bon. Il me tendit la main  ; il se tenait bien droit, le ventre rebondi, il avait l’allure d’un pingouin. Un pingouin obèse américain  ; pour ainsi dire. Je crus qu’il voulait me dire au revoir, mais pas du tout.
– On les aura  tous ces voyous ! cria-t-il d’une voix suraiguë, en tapant du pied sur le sol comme un forcené.
J’ai un faible pour cette formule, surannée  : «  On eût dit de, d’  ». Tu le connais, blanc bec, le conditionnel passé deuxième forme  ?
Les pigeons, derechef, ah j’aime bien derechef ; les pigeons derechef s’envolent. Donc, Phil me tend la main. Je hausse les épaules. Mais il insiste, alors résigné je prends sa main.
– Je m’appelle Phil Casey  !
– Américain, n’est-ce pas ?
Lequel des deux sentiments qui m’animent à ce moment-là, tandis que je serre la grosse main humide, tiédasse et molle de cet américain Phil Casey dans ma main fine, sèche et racée de vieux français pétri d’érudition, de savoir-être, l’emporte  : ironie, incrédulité  ?
– Yes, american  ! cria Phil Casey.
Je lance un bras, fataliste, vers le ciel, je hoche la tête.
– L’argent est une patate chaude… me dit-il, à brûle pourpoint.
Le sourire de Phil s’élargit, un rictus plus qu’un sourire  ; je compris que je l’intimidais et décidai de faire preuve d’indulgence.
– Une patate  ? Une patate chaude dites-vous ? une patate chaude… Ah ! on ne peut plus rien en faire, si ce n’est la tourner dans sa bouche pour essayer de ne pas se brûler… répondis-je du tac au tac, avec une espèce de sérieux et de gravité dont je fus le premier à être surpris.
Phil me regardait bouche bée  ; on eût dit de la bouche d’une carpe, à l’œil globuleux, qui affleure la surface de l’eau marronnasse d’un étang, sous un nénuphar en fleur. Nous restâmes silencieux, lui et moi, longtemps.

Une patate chaude, on ne pouvait rien en faire, si ce n’est la tourner dans sa bouche pour essayer de ne pas se brûler… Au fond, cette remarque que je venais de faire n’était pas aussi absurde qu’elle en avait l’air. Elle illustrait parfaitement à mes yeux le climat général de l’époque dans laquelle nous vivions. Où l’argent produit par l’argent avait cru à une vitesse vertigineuse. Un mot, devenu péjoratif, résumait tout cela à merveille : la finance. La grenouille de la finance était devenue plus grosse que le bœuf de l’économie… La bulle gonflait, gonflait… l’argent produit, devenu en quelque sorte fictif, ne pouvant plus désormais s’échanger que contre lui-même… Et moi, vieux et désenchanté, j’attendais paisiblement la fin de cette messe blanche, j’aurais aimé la vivre…
Phil et moi, nous regardions le bassin, la surface de l’eau frémissait sous la brise.
– Vous semblez aimer les enfants, Phil  ?
Il rougit, ne répondit rien. Il regardait un petit garçon qui s’était assis non loin de là sur le rebord en pierre du bassin, et qui paraissait s’ennuyer. Une jeune femme s’approcha de lui, une petite bouteille d’Orangina dans la main. Elle souriait, tout en secouant la bouteille avec vigueur. L’enfant vit la bouteille. Il courut vers la bouteille.
Phil me demanda comment je m’appelais, comment j’occupais mes journées. Je lui donnai mon prénom volontiers : Alexandre. À quoi je passais mes journées  ? Je lui fis valoir que la vie d’un vieillard est courte, beaucoup plus courte que la sienne en tout cas. Non parce qu’il me restait peu de temps à vivre, quelques années au mieux, mais parce que l’incontournable de chaque journée ‒ se lever, péniblement ; faire sa toilette sans grande conviction ; se vêtir, lire le journal, préparer son repas, descendre faire les courses, partir en promenade, se reposer, soigner ses douleurs ‒ me mangeait tout mon temps. Il lui faudrait en faire l’expérience pour le comprendre, il n’avait qu’à attendre, il verrait. Phil aurait aimé une réponse plus séduisante. Mais les vieux, pour la plupart, ne sont pas séduisants, sauf à de rares moments.
Nous étions là, perdus dans nos pensées respectives  ; à rêvasser. Il y avait un léger vent, qui agitait les feuilles des arbres. Au murmure des feuilles se mêlaient les petits cris et les rires, les pleurs, les jérémiades des enfants. On entendait la rumeur sourde de la circulation, un peu comme un murmure elle aussi, ou un grondement de vague ; avec, parfois, le froufroutement d’ailes d’un pigeon qui s’envolait, que l’on entendait aussi. Et le pépiement des moineaux qui lui ne s’arrêtait jamais, qui m’assomme, tenez, comme le style de Julien Gracq.
Phil rompit le silence  ; il me dit, d’un ton badin  :
–   Êtes-vous déjà allé aux Etats-Unis Alexandre ?
–   Jamais  ! je n’aime pas ce pays de blancs becs.
Phil ne daigna pas relever.
– Mais vous devez vous rappeler quand même du Président Bloom ?
– Naturellement, je lis les journaux.
– Si vous vous rappelez, il a fait deux mandats.
– Vous deviez être très jeune à l’époque, comment vous faites pour vous rappeler de ça  ?
– C’est vrai, j’avais treize ans… Il ajouta, enthousiaste  : «  Est-ce que vous savez au moins quel était le sport favori d’Adam Bloom  ?  ».
– Le golf, il me semble ; pourquoi cette question ?
– J’étais le caddie du Président Bloom ! répondit Phil, il y avait de la fierté dans sa voix  ; même de la vanité, plutôt naïve, sans véritable prétention.
– Vous le caddie d’Adam Bloom  ?
–   Mais oui mon cher !
Phil s’était levé. Maintenant, il me faisait face, tout excité.
– Vous vous rappelez peut-être aussi de Patty Howard, le meilleur joueur du monde à l’époque  ?
– Howard  ? Ce nom me dit rien du tout… mais je ne connais pas grand-chose à l’univers du golf.
– Patty était le meilleur, je vous jure, et pourtant, chaque fois qu’il jouait contre Bloom, il perdait la partie… il perdait  à chaque fois !
Phil éclata de rire ; un rire tonitruant, qui couvrait les petits cris, les rires des enfants, les pleurs et les jérémiades, et le gazouillis des oiseaux. Le rire de Phil Casey avait quelque chose de pathétique et d’ambigu. C’était un rire insupportable, qui se prolongeait. Je me sentais mal à l’aise ; beaucoup de regards étaient posés sur nous, d’autres personnes osaient à peine regarder l’homme qui riait de cette façon.
– Vous savez pourquoi Patty Howard perdait chaque fois contre Adam Bloom ? il se moucha bruyamment.
– J’imagine qu’il laissait gagner le Président par égard pour sa fonction. Ou peut-être pour le flatter…
– C’est bien ça.
– C’est un comportement très banal.
– Ah non, pas du tout ! c’est assez extraordinaire au contraire.
– Et pourquoi ?
– Parce que Bloom ne se rendait pas compte que Patty Howard le laissait gagner, dit Phil. Il y croyait…
– Vous voulez dire qu’il croyait sincèrement être plus fort  que Patty Howard, qui d’après vous était à l’époque le meilleur joueur du monde ?
– C’est ça ! Adam Bloom, Président des Etats-Unis, croyait être plus fort que Patty Howard. Parce que Howard réussissait chaque fois à le lui faire croire… C’est ça qui est extraordinaire, et même magique… Lorsque le subterfuge s’étale sous vos yeux, en pleine lumière, que vous connaissez le truc depuis toujours, et que pourtant vous ne voyez rien parce que vous ne voulez rien voir, ‒ et que vous y croyez dur comme fer… Adam Bloom était un homme habile et intelligent, néanmoins Patty le bernait  ; il trompait le Président des États-Unis d’Amérique sur lui-même, vous voyez ça ?… Vous comprenez maintenant pourquoi Patty Howard était le meilleur joueur de golf de tous les temps, hein Alexandre  ?
J’étais perplexe, j’avais été professeur. En préparant mes cours, j’étais donc habitué à raisonner seul. Et lorsque je faisais cours, c’était toujours un cours magistral, je ne tolérais pas la contradiction, ou si peu. Ce semblant de leçon, qui venait d’un individu qui aurait pu être l’un de mes élèves, me contraria.
– Ainsi, vous Phil, vous avez été le caddie du Président Bloom  ?
J’avais du mal à admettre que mon donneur de leçon était celui-là même qui s’emportait  inopinément contre les pigeons. A vrai dire, je désirais prendre ma revanche, sans vraiment me l’avouer.
– Oui, nous allions à Endicott, pratiquement tous les week-ends. Après la mort de mon père, je vivais à l’orphelinat de Washington, c’est là que le Président Adam Bloom m’a recueilli. Le jour de l’inauguration des nouveaux bâtiments de l’orphelinat, il m’a aperçu, parmi les autres enfants, et il m’a confié plus tard, qu’aussitôt je l’avais ému… Il faut dire qu’à l’époque j’étais mince et délicat, un visage d’ange, une peau de lait, des yeux si bleus… vous voyez ça d’ici Alexandre, hein  !… Adam m’adorait… Il m’adorait, et moi aussi, d’une certaine façon, je l’adorais, il était doux et si gentil avec moi… Comme j’étais orphelin, et qu’il était le Président, c’était facile pour lui de faire mine de veiller sur moi  ; le Président qui recueille un orphelin, qui prend sa part de la misère de l’Amérique, il fait sa bonne action… c’était vraiment trop beau, et c’était très facile pour lui… Il m’amenait de temps en temps chez lui, dans ses appartements privés, à la Maison Blanche…  rarement au début, il s’agissait de donner le change, de ne pas éveiller les soupçons, si peu que ce soit… Adam était un homme avisé, prudent… et puis mes visites à la Maison Blanche se firent plus fréquentes. Il eut l’idée de me faire offrir des jouets, mais pas trop  ; il me fit apporter de bonnes choses à manger  ; il invitait aussi d’autres enfants, pour jouer avec moi. Encore une fois Alexandre, il ne fallait pas éveiller les soupçons, il fallait donner le change, un Président des Etats Unis pédophile, a-t-on jamais vu ça… Adam maîtrisait mieux que personne l’art de la politique des petits pas… celui du pas de côté aussi, et celui de la décision brutale, qui vous tombe dessus, soudaine, sans appel, et aussi l’art de laisser pourrir les choses indéfiniment, de ne rien décider du tout, qu’il appelait «  la politique du chien crevé au fil de l’eau  », il le maîtrisait très bien aussi, quoique ce n’était pas du tout son naturel. Je fus adopté, très vite, par tout l’entourage présidentiel. Il m’arrivait d’assister, dans le bureau ovale, à des réunions  de travail ; oh, bien sûr, ce n’étaient pas des réunions importantes. Par jeu, devant ses conseillers, il affectait de me demander mon avis. Et comme il m’avait dit en aparté, avant la réunion, ce que lui en pensait, docile, je n’avais plus qu’à répéter ce qu’il m’avait dit, alors il rétorquait à ses interlocuteurs  : «  Phil a raison, faisons comme Phil vient de nous le suggérer » ! Certains conseillers sortaient de là complètement abasourdis, imaginant peut-être que le Président était fou ; mais les plus fins, ceux qui connaissaient le mieux Adam, savait comment ça marchait ; Adam aimait s’amuser, il s’ennuyait au fond ; il n’aimait que l’adrénaline, les conflits, quand il lui fallait décider, trancher, faire mourir, au besoin, au nom de la raison d’Etat… faire mourir, il aimait ça par-dessus tout… Et Adam était libre, il pouvait faire de moi ce qu’il voulait… Et d’ailleurs, il le faisait… Il me traitait avec beaucoup de douceur et d’humanité.

Je l’avais écouté sans l’interrompre ; Phil me regardait, enfin il dit : « Adam Bloom abusait de moi, pour être clair ». « Mais moi j’étais jeune, et innocent, je ne me rendais pas compte qu’il le faisait. ». « Je ne suis pas certain non plus qu’il savait lui-même ce qu’il faisait. ». « Nous étions tous les deux dans le déni… ».
Il hocha la tête, fixant le vide en dedans de lui ; son visage n’exprimait plus rien. Je commençais à me demander si je n’avais pas affaire à un mythomane.
– Et puis il y a eu cette fameuse crise, lorsque Adam Bloom était Président… cette affaire Be Why, du nom de cette curieuse molécule créée chimiquement par un professeur de biologie de Columbia University, Alan Wilkes…
– Qu’est-ce que vous allez insinuer encore ?
– Je n’insinue rien  ! je détiens la vérité, moi  ! je suis bien placé pour la connaître !
Il me regardait, presque en colère, arborant un petit air supérieur. Je poussai un soupir de lassitude. Phil m’agaçait. J’aurais aimé le planter là, mais je me sentais trop fatigué pour le faire. Il vit que j’étais contrarié.
– Allez, ne nous fâchons pas Alexandre, vous avez du temps ?
– Pour vous écouter, c’est ça ?
– Oui, vous n’aurez que ça à faire, un peu comme si je vous faisais la lecture, n’est-ce pas, et moi je vous raconte toute l’histoire…
Phil scrutait, d’un œil morne, les vertes frondaisons des platanes ; les rayons du soleil baignaient la cime des arbres d’une lumière dorée. Il était paisible maintenant, il paraissait détaché. J’étais persuadé – pourquoi  ? je n’en sais rien – que si je disais oui, il allait me raconter une histoire inventée de toutes pièces, peut-être même qu’il allait l’inventer au fur et à mesure de son récit. Toutefois, je n’en laissai rien voir. Résigné je lui dis  : « Allez-y, je vois bien que vous en mourrez d’envie. ».
Je savais qu’après, je ne le reverrais plus et n’en entendrais plus jamais parler. Et vous non plus d’ailleurs.

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Publié par :Joël Bécam

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