Je me suis lancé à la poursuite du gars. Il courait comme un dératé. Il a senti immédiatement que je le suivais. Mais Charlie se trompe ; ce gars ne portait pas des Nike ; il portait des Adidas ; cela aurait pu être des Nike, certes ; Nike est la marque de chaussures de sport la plus vendue aux USA ; Adidas n’arrive que second. Pour ma part, je portais des chaussures de ville ; avec des fers au bout ; qui résonnaient dans le couloir du métro ; comme dans une grotte sépulcrale. Je vous fais grâce de la marque des chaussures ; vous vous croyez dans un roman de Easton Ellis ? c’était des Weston.
Je suis beaucoup plus grand que ce gars qui fuyait. J’entretiens ma forme ; jogging chaque matin autour du Réservoir ; dans Central Park. Il a compris aussitôt qu’à pareille allure, j’allais très vite le rattraper ; probablement essayer et peut-être parvenir à le neutraliser ; c’était ce que je pensais.
Alors, il a changé de tactique. Il a stoppé net ; s’est retourné d’un bloc, un colt à la main. Il avait les genoux fléchis, il me visait… la peur, soudaine, dévastatrice ; je sentais déjà l’acier poli de la balle, dans mon front, entre mes deux yeux, une impression fugace, et débile. J’ai levé les bras, je les secouais, moi aussi, comme un super gros taré ; j’ai hurlé très distinctement : « Ne tire pas ! Ne tire pas ! ».
Et puis j’ai marché à reculons, comme un crabe ; je le regardais toujours, tandis que j’agitais les bras, et encore plus les mains : surtout qu’il ne tire pas !
Très vite, le gars s’est remis à courir sans plus regarder derrière lui. Il m’avait oublié. Il a disparu à l’angle du couloir.
J’étais feinté, impuissant, je savais que si je me remettais à lui courir après, il n’hésiterait plus à tirer sur moi.
Alors, j’ai senti ma gorge et ma poitrine me brûler, comme si j’avais avalé un mojito avec de la braise, incandescente, en lieu et place de la glace, pilée. J’aurais aimé pouvoir boire l’Orangina du petit garçon… celui de la page, de la page combien au juste ? Cela aurait calmé le feu que j’avais dans la gorge. J’ai pensé que je fumais trop, et depuis trop longtemps, et que ça finirait par me jouer un très vilain tour…
Lorsque j’ai rejoint la troupe, à l’arrière, sur le quai, les flics étaient là. Ils m’ont visé, eux aussi. J’ai levé les bras sans précipitation. Les flics, c’est un peu ma famille.
Une ultime précision. L’intuition du petit Charlie est fondée ; je travaillais effectivement pour Alan Wilkes. C’est Alan Wilkes qui m’a engagé, j’avais pour mission de suivre Jenny, son épouse, dans tous ses déplacements, et de la protéger. Voilà. Je n’ai pas réussi à exécuter ma mission ; j’ai échoué. Alors je disparais de ce roman, pour toujours.

lire la suite, ici.

Publié par :Joël Bécam

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