Fédor DOSTOÏEVSKI, L’Idiot, roman traduit du russe par André Markowicz, Actes Sud, Babel, 71 et 72, 2 volumes, 530 et 490 pages

Voir aussi, mis en ligne récemment, ici :
#LIDIOT de Fédor DOSTOÏEVSKI, éditions Actes Sud, 2 volumes, 1020 pages, traduit du russe par André Markowicz, en vingt tweets et un thread !

Florilège

Volume 1

« ‒ Pensez-vous ! Ça dure juste une seconde. On allonge le bonhomme, et c’est une lame qui tombe, dans une machine, ils appellent ça la guillotine, c’est lourd, c’est dur… La tête, elle saute si fort qu’on n’a pas le temps de cligner des yeux. C’est les préparatifs qui sont très durs. Quand on annonce la sentence, vous comprenez, quand son se prépare, quand on le ligote, quand on le hisse sur l’échafaud, voilà où c’est monstrueux ! », Volume 1, page 47

« ‒ Oh non ! Oh non ! Une souffrance pareille !… Le criminel, c’était un homme intelligent, sans peur, puissant, dans la force de l’âge – Legros, il s’appelait. Eh bien, c’est comme je vous le dis, vous pouvez ne pas me croire, quand il montait sur l’échafaud – il pleurait, il était blanc comme du papier. Est-ce que c’est donc possible ? Est-ce que ce n’est pas monstrueux ? Comment peut-on pleurer de peur ? Moi, je n’aurais jamais cru que, de peur, un homme, qui n’avait jamais pleuré de sa vie, un homme de quarante-cinq ans, pouvait se mettre à pleurer comme un enfant. Que se passe-t-il dans son âme à cet instant, à quelles convulsions est-ce qu’on la pousse ? C’est une insulte qu’on fait à l’âme, rien d’autre ! », page 47

« Mais la douleur la plus forte, la plus grave, peut-être, elle n’est pas dans les plaies, elle est dans ce qu’on sait à coup sûr que, là, dans une heure, et puis dans dix minutes, et puis dans une demi-minute, et puis maintenant, là, à l’instant, l’âme va jaillir du corps, et qu’on ne sera plus jamais un homme – et que tout ça, c’est à coup sûr ; le pire, c’est ça – à coup sûr. Et quand on met la tête sous cette lame, et qu’on l’entend qui glisse au-dessus de la tête, c’est ce quart de seconde là qui est le plus terrifiant. Et vous savez, ce n’est pas là ma fantaisie, il y a beaucoup de gens qui disent la même chose. », page 48

« c’est la paresse humaine qui fait ça, que les gens, comme ça, vous classent d’un coup d’oeil », page 56

« en outre, il se permet une licence, et la licence, c’est ce qu’il y a de plus terrible ! La licence demande un goût extraordinaire ; mais si elle réussit, si seulement elle trouve la proportion juste… », page 66

« Les grands ne savent pas qu’un enfant, même dans l’affaire la plus difficile, peut donner des conseils de la plus haute importance. », page 122

« Tout le monde me prend aussi pour un idiot, je ne sais pas pourquoi, c’est vrai que, dans le temps, j’ai été si malade que je faisais penser à un idiot, mais, aujourd’hui, comment pourrais-je être un idiot quand je comprends moi-même qu’on me prend pour un idiot ? », page 134

« l’essence du sentiment religieux, elle n’entre dans aucune réflexion, elle ne dépend d’aucun faux pas, ou d’aucun crime, ou d’aucun athéisme ; il y a là quelque chose de pas ça, et ce sera pas ça dans les siècles des siècles ; il y a là quelque chose sur lequel les athéismes, dans les siècles des siècles, ne pourront que glisser, qui les fera toujours parler, parler, mais pas de ça. Mais l’essentiel, c’est que ça, c’est dans le cœur des Russes que tu le remarques le plus vite et le mieux, voilà ma conclusion ! C’est là une des toutes premières convictions que je retire de Russie. Il y a de quoi faire Parfione ! Il y a de quoi faire dans notre monde russe, crois-moi ! », page 367

« La compassion est la loi essentielle, la loi unique, peut-être, de toute l’existence de l’humanité. », page 383

« Mais laissez-moi, enfin, cria-t-elle à ceux qui tentaient de la raisonner, si, vous-même, Evguenir Pavlovitch, vous venez de déclarer que même un avocat, dans un procès, qu’il n’y avait rien de plus naturel que supprimer six personnes parce qu’on est pauvre, alors, c’est vrai que la fin des temps approche. Une chose pareille, jamais je n’avais entendu ça ! », page 470

« Parce que, vous tous, ça fait peur comme vous aimez quand c’est joli, ou l’élégance des formes – il n’y a que ça qui compte, pour vous, n’est-ce pas ? (Je me disais ça depuis longtemps – rien que les formes) », page 483

« Il m’est même arrivé de penser parfois, poursuivait le prince d’une voix très sérieuse, sincère, profondément intéressée, que tous les hommes sont pareils, ce qui fait que je commençais à me redonner courage, parce que, les pensées doubles, c’est fou ce qu’il est difficile de les combattre ; j’ai bien essayé. Dieu sait comment elles viennent, comment elles naissent. Mais vous, tenez, vous appelez ça d’un mot tout net : la vilenie. Du coup, moi je vais me remettre à avoir peur de ces pensées. », page 512

Volume 2

« Le manque d’originalité a toujours été, partout – oui, dans le monde entier, depuis que le monde est monde –, la première qualité et la meilleure des recommandations pour un homme actif, un homme d’affaires, au sens pratique développé, et au moins quatre-vingt-dix-neuf pour cent des hommes (oui, ça, vraiment, au moins) se sont toujours tenus à ce point de vue, et seul, peut-être, un petit pour cent a pensé et pense constamment autre chose. », page 10

« Colomb, soyez-en sûrs, aura été heureux, non quand il a découvert l’Amérique, mais quand il la découvrait. (…) Ce n’est pas du Nouveau Monde qu’il s’agit, qu’il aille au diable. Colomb est mort sans, presque, l’avoir vu, et sans savoir, en fin de compte, ce qu’il avait découvert. Ce qui compte, c’est la vie, oui, la vie seule – sa découverte, incessante, éternelle, le processus de cette découverte – et non la découverte en tant que telle ! », page 122

« La religion ! La vie éternelle, je l’admets, et peut-être l’ai-je toujours admise. Je veux bien que la conscience soit allumée par le vouloir d’une force supérieure, je veux bien que cette conscience ait regardé le monde et qu’elle ait dit : « Je suis ! » et je veux bien que, brusquement, cette même force supérieure lui prescrive de s’anéantir parce que – pour je ne sais quelle raison, et même sans la moindre explication – c’est là-bas une chose nécessaire, je veux bien – tout cela, je l’admets, mais pourquoi, de nouveau, cette question éternelle : pourquoi a-t-on besoin avec cela de mon humilité ? N’est-il donc pas possible de me dévorer tout simplement, sans exiger de moi des louanges à ce qui m’a dévoré ? (…) Mais, soit ! J’admets que, sans cela, c’est-à-dire sans la perpétuelle dévoration de l’un par l’autre, il est absolument impossible de construire le monde ; je vais même jusqu’à admettre que je ne comprends rien à la façon dont le monde est construit ; mais voilà ce que je sais à coup sûr : si, ne serait-ce qu’une fois, on m’a donné cette conscience du « je suis », alors, que m’importe que le monde soit construit de travers, et qu’il ne puisse pas continuer autrement ? Qui donc, et pourquoi donc, ira me juger après cela ? C’est comme vous voulez, mais tout cela est impossible et injuste. », page 154

« suis-je vraiment responsable si je n’ai pas la force de donner un sens à ce qui m’est inaccessible ? (…) Nous ne rabaissons que trop la Providence en lui prêtant nos conceptions, par dépit de ne pas être en état de la comprendre. », page 155

« Les écrivains, dans leurs romans et leurs nouvelles, s’efforcent en majeure partie de prendre des types sociaux et de les peindre d’une manière imagée et artistique – des types qu’il est extrêmement rare de rencontrer tels quels dans la réalité. », page 227

« Varvara Ardalionovna s’était mariée après s’être définitivement convaincue que son futur mari était un homme modeste, agréable, presque instruit, et qu’il ne ferait jamais une saloperie trop grande. Les petites saloperies, Varvara Ardalionovna n’en demandait aucun compte, comme de choses petites. Et puis, où donc ces petites choses n’existent-elles pas ? On ne va tout de même pas chercher un idéal ! », page 237

« mais il avait toujours le pressentiment que le général appartenait à cette catégorie de menteurs qui, s’il est vrai qu’ils mentent jusquà la jouissance et l’hébétude, soupçonnent malgré tout, au fond d’eux-mêmes, au plus haut point de leur extase, que, finalement, on ne les croit pas – et qu’on ne peut pas les croire. », page 295

« Le charme des manières élégantes, de la simplicité, de l’apparente sincérité était presque magique. Il ne pouvait même pas imaginer que cette simplicité, cette noblesse, tout ce sens de l’humour et cette grande dignité personnelle, tout cela, peut-être, n’était rien qu’un splendide artifice esthétique. », page 344

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